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Bigbonobo

Musique libre ? (considérations nocturnes)

Rédigé par bigbonobo Publié dans #philosophie, #curiosités, #musique

Voilà un moment que je fais corps avec ce concept de musique libre, par commodité mais aussi par conviction. Et surtout parce que je ne me suis jamais considéré comme pouvant vivre de ma musique. Un authentique musicien peut empoigner son instrument et aller faire la manche en cas de dèche, moi pas. Je ne suis qu'un escroc de la MAO qui aura appris en cotoyant de vrais musiciens. Et qui ait en quelque sorte volé leurs interprétations magnifiques de mes trames balbutiantes. Sans parler de la quantité de samples d'origine incertaine stockés dans mes banques de sons. Sans enjeu financier, il m'a paru naturel de diffuser mes créations gratuitement.

J'en cause donc un peu à mon aise ...Mais je pense ressembler à pas mal de "créateurs"

Second  préambule :

Mes propos ici ne veulent concerner que la musique et la littérature.

Le cinéma reste à part, même si la musique et la littérature lui sont essentielles.

 

La Criiiiiiiiiise.

On ne compte plus les bizness-models émergents. Qui tentent tous de combler le manque à gagner d'un chiffre d'affaires qui  aurait fondu de 70% depuis 10 ans.

On assiste même à des tentatives de monétisation du gratuit, comme chez Jamendo ou Bemysound.

A l'heure où il est de plus en plus évident que le  seul vrai concurrent des Majors et du système français de répartition des droits, c'est le gratuit, et pas le téléchargement illégal, il convient peut-être de se poser nombre de questions de fond.


C'est quoi le gratuit ?

Cela va des archives du domaine public disponibles sur Archive ou sur le site de l'INA aux oeuvres placées sous licence art libre copyleft , AIMSA et bien sûr Creative Commons.

Avoir recours à ces licences n'est en aucun cas abandonner ses droits d'auteur, mais abandonner les droits de reproduction et de diffusion. Et pour le producteur, qui est souvent l'auteur, c'est aussi priver les interprètes, s'il y en a, de droits d'interprétation, sauf à les rémunérer à la séance.

L'utilisateur est libre de télécharger, reproduire, diffuser, podcaster, et réutiliser légalement l'oeuvre originale, mais il est interdit à quiconque d'en faire une utilisation commerciale. L'auteur doit toujours être cité. L'auteur de l'oeuvre originale peut bien entendu la vendre s'il le souhaite, sous forme physique ou en tant que musique d'illustration par exemple. Ou pas.

Lorsque Flammarion et Houellebecq reproduisent sans autorisation expresse des articles placés sous  licence CC BY-SA, tout le bouquin est soumis aux conditions de la licence initiale, comme l'a excellement démontré  Florent Gallaire.

( Mais que foutent leurs juristes ? )

On assiste aussi à une récente et grave -à mon sens - dérive de la notion de "gratuité" avec les tentatives  Deezer et consorts qui se font sponsoriser la diffusion par la pub, comme de vulgaires radios Fm, mais ne répartissent que symboliquement aux ayants-droits.

Des clopinettes pour les producteurs et à fortiori pour les artistes. Ce n'est pas la bienveillance apparente de Pascal Negre sur ce business-model qui en garantit la pérennité.

Notons que pour l'utilisateur, tout comme il pouvait enregistrer autrefois sur cassettes les diffusions radio ou les albums prêtés par les copains, il est toujours possible de pratiquer de même et de s'approprier ce qui est diffusé via tous les youtube et autres webradios. Est-ce vraiment légal ? Avec les successives taxes relatives à la "copie privée" qui ont concerné tous les supports, de la cassette au disque dur, l'utilisateur ne peut qu'espérer faire son devoir civique en pompant allègrement ce qui lui arrive en streaming.

Et Google, qui met de facto tout et n'importe quoi à portée de clic est probablement le complice N°1 du piratage.

La notion de "gratuit légal" est donc un peu floue, on en conviendra.


Qu'est-ce que la propriété intellectuelle ?

Dans l'absolu ? Selon les différentes cultures et en pleine mondialisation ?

La page ci-contre (auteur: Bernard Nadoulek) produit une excellente analyse de cette notion à géométrie variable.

Là encore, il y aurait matière à réflexion de la part de nos législateurs. Ce n'est pas l'exception française qui va influer quoi que ce soit en cette affaire.


Qu'est-ce que la copie, sinon une des composantes de la création ?

( ce que se vérifie au long des siècles et des siècles de créations musicales, picturales, scuplturales, philosophiques et scientifiques.... )


copie-tableau-nooms-marine-2.jpg(C) Anne Sophie Bonno 


Quelles sont les conséquences inéluctables de  la dématérialisation ?

Si la dématérialisation facilite le piratage, elle a permis en revanche une formidable croissance, et en nombre et en valorisation, des données relevant de la propriété intellectuelle. Mais la conséquence la plus évidente, est que désormais c'est la technologie qui conditionne le droit.

Quelle confiance le public pourrait-t-il avoir envers la dualité d'un système qui permet à tous, et surtout à une jeunesse qui est née avec, d'avoir technologiquement accès à tout sans problèmes - sauf peut-être en Chine ou en Iran - , et qui promet par ailleurs un contrôle de plus en plus inquisitoire, pas tant via Hadopi, très coolos à mon avis, mais plutôt via Loppsi, beaucoup plus liberticide à mon sens ? Certains pouvoirs filtrent ou coupent l'internet, d'autres plus démocratiques commencent à rêver de faire de même sous des prétextes sécuritaires...


homenoel.jpg


Oké, oké.

 Revenons à la musique

- marque déposée par des gens qui cherchent un business-model -

et revenons aux patrons de bar qui paient la redevance Sacem obligatoire mais arnaquent gentiment les groupes qui attirent les assoiffés, sans se plier eux-mêmes à la moindre formalité pour les musiciens (relevés, assurances, j'en oublie ?)


Ou revenons à des entités comme  Radiohead ou  Prince qui apparemment ont réussi à échapper aux griffes de la MACHINE et agissent librement. Le mieux possible, sans doute.


Revenons aux groupes qui survivent et créent, par passion, avec acharnement, se tapent les kilomètres , les sandwiches rassis et le mépris des autochtones. Mais qui aussi, depuis une dizaine d'années au moins, peuvent s'enregistrer et se produire de façon indépendante, par la grâce de la révolution numérique. Par la grâce de la dématérialisation.

Quel bonheur plus complet pour un musicien que d'être libre comme le vent ? Que de pouvoir, sans contraintes matérielles ou légales, exercer son art , visiter le monde et l'esbaudir de sa créativité ? Vivent Cubase, Reason, Myspace, Facebook & Intel tant qu'on y est ...

Pas de contrat léonin qui te laisse au placard pendant 5 ans sans rien au bout ou te fait tourner à 360° sans pitié, pas de Formule1 pourri  avec sensations genre Blairwitch Park à 3 du mat', crevé après le concert....

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Un monde parfait. Un peu vide parfois...

Un monde oui-oui, où les ex-administrateurs de la Sacem n'auraient pas spolié les auteurs juifs, ou confisqué  les droits de Ravel, Un monde où il faudrait moins souvent payer pour jouer et où on ne serait pas obligé de réclamer son dû. Un monde où les organisateurs n'auraient rien de mieux à faire que de remplir les relevés sacem, intermittents, urssaf ...Et où ces derniers seraient pris en compte.

Un monde où le vent serait vraiment libre, pas taxé CO2 et et perméable aux UV..


Or la musique, c'est du vent, n'est-ce pas ? Du vent qui fait du bruit "dans le vent"...Les musiciens le savent bien. Ce sont des saltimbanques. Ils font des artifices avec des violons, des effets, des amplis, des choeurs qui déplacent bien du vent. Lequel déplacement d'air frappe les membranes sensibles de nos micros pour être transformé en signal électrique, puis binaire. Et restitué via les grosses membranes des chateaux d'HP dans des Raves qui déplacent bien du vent aussi.


Le vent, c'est qui l'auteur ?

Attention, çà devient mystique, là.

Pour tout dire,  il semblerait que les  phénomènes vibratroires expliquent tout. Tout. Pas seulement ce que vous et moi croyons savoir, mais tout.

Et donc la musique, qui n'est que good vibes, mec, non seulement adoucit les moeurs, mais aussi relie définitivement tout avec tout, mec. Et réciproquement.

A preuve les chamans, Ôooom, les chants grégoriens et autres musicothérapies, sans parler des ultrasons. Et en plus que sans air pas de son, et que l'air c'est gratuit, mec. Encore.

Sachant que n'importe quoi vaut mieux que rien du tout, et réciproquement aussi.

Je vous sens perplexes. Je le suis aussi.


ganesh.jpg 

 

Revenons sur Terre.

Tout çà mis de côté, il faut bien croûter.

Desfois le patron de bar paie un peu plus que la tournée, desfois chez l'association ou la municipalité, le catering est de qualité, mais çà ne suffit pas vraiment.

De plus, la musique, hé ben c'est du boulot, dis-donc, des heures de mise au point et tout le tralala, voilà. Faut du matos, lourd et cher, même si çà s"améliore. Et puis on est pas tous musiciens de studio derrière Aznavour, d'ailleurs çà se fait de moins en moins, les studios y ferment et Aznavour c'est pour bientôt.

Merde.

seance(C) Frank Margerin


Heureusement, de plus en plus on tombe sur des  doux dingues qui organisent des soirées, des concerts, montent des radios ou des festivals avec trois fois rien. Des gens qui veulent partager un truc et font vivre la musique. Et qui inventent pour survivre.

Ils partagent leurs plans, leurs expériences, font bosser et donc bossent aussi.

Cà fait espoir

Et puis jamais les musiciens n'ont été aussi nombreux, les festivals si actifs, la musique vivante si présente...Même sil faut bien reconnaitre que les festivals ne survivent que par les subventions, que les revenus issus de la musique vivante ont eux aussi baissé, et enfin que la France est un pays dramatiquement sous-équipé en structures adaptées au soutien de la création et à la diffusion des musiques amplifiées. Si, si.

Dire que la création était déclarée  moribonde, la voilà au contraire dopée !

Tout un chacun peut se distribuer de façon indépendante par la magie des autoroutes de l'information 2.0

Mais les grands méchants loups, ceux qui contrôlent les tuyaux soi-disant neutres de la dématérialisation, guettent tous les aventureux au coin du bois...

Quand les FAI auront absorbé les Majors, quelle place restera-t-il pour les indépendants ?

Orange achète ceci cela et tout change de mains pour se reconcentrer finalement sur les propriétaires des tuyaux.

Dans la vraie vie, pour le public, où est l'interêt du web, si ce n'est dans cette formidable capacité de communiquer mais aussi de s'approprier et de consommer dans l'instant tout le contenu du monde ? Pourquoi scier la branche sur laquelle les FAI sont assis ? Autrement dit, sans la tentation megaupload, pas d'abonnement freebox....?

Pourquoi bordel être passé à côté de la licence globale ? Voyez les canadiens, qui vont vers ce type de législation, bien plus profitable à tous, ayant-droits compris, qu'un arsenal répressif qui échouera ou mènera au verouillage complet. Selon.

On n'est pas sortis de l'Auberge.

Ce n'est pas le titre de cet excellent article - à lire absolument, si,si -de Jean-Pierre Vincent, metteur en scène, paru dans le Monde-idées, lequel conclut joliment par cette citation du poète Francis Ponge "la science, l'éducation, la culture créent beaucoup de besoins, davantage sans doute qu'elles n'en peuvent, à leur niveau même, assouvir. Les intérêts mercantiles s'insèrent ici. Tout, bientôt, n'est plus qu'un bazar."


Camarade musicien, conclusion, y'a du boulot !

Si tu veux en vivre, va falloir t'adapter au fur et à mesure mais aussi choisir un mode de fonctionnement qui te permette de donner quand tu veux,  pour mieux te vendre. Mais aussi t'inscrire à une société de répartition de droits. Il n'y a pas que la Sacem dans la vie, on a la  Suisa toute proche, ou d'autres sociétés européennes.

Va falloir te retrousser les manches, menacer de représailles plus de patrons de bars, developper et travailler ta fanbase, t'initier auw finesses du D2F, trouver des tourneurs opérationnels ou  confier ta carcasse à betterthanthevan.com ,diffuser ta musique sur  clé USB avec une pub Areva et vendre des sonneries de téléphone !!!

Faire du T-shirt et placer du widget...Porter toutes les casquettes.

Te personal-brander comme un M.Vendeta (c'est çà ? Orthographe de son nom incertaine mais vous voyez de qui je parle).

Te compromettre. Le prix de ta liberté.


Et bien entendu, trouver le temps d'être créatif.

En même temps, investir dans une machine à presser les vinyles, c'est pas le mauvais plan non plus. C'est hype.

Et la musique libre là-dedans ? Ben...c'est un truc de bobos.

Je vais arrêter de déconner et écouter un Miles Davis.

Cà m'éclaircira les idées.


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